La vice-présidente de l'ADMD contrainte à un exil en Suisse pour mourir dans la dignité

Texte posthume de Nicole Boucheton, vice présidente de l'ADMD

Publié le 18 août 2014

Nicole Boucheton, vice présidente de l'ADMD (Association pour le Droit de Mourir dans la Dignité) et atteinte d'un cancer en phase terminale, a dû s'exiler en Suisse pour mourir dans la dignité.

Décédée le jeudi 7 août, elle a écrit un texte posthume émouvant et militant pour d'une part expliquer son exil, d'autre part, déplorer que tout le monde n'ait pas les moyens de mourir dignement comme elle l'a pu et enfin, regretter que François Hollande n'ait toujours pas tenu sa promesse 21 sur le droit de mourir dans la dignité.

Jean-Luc Romero-Michel, président de l'ADMD, salue l'action militante et le grand courage de Nicole Boucheton :

-Son action d'abord au sein de l'ADMD depuis une dizaine d'années a été remarquable et constante. D'abord déléguée départementale, puis membre du conseil d'administration, elle a ensuite rejoint le bureau où elle a été élue vice présidente en septembre 2013.

-Son courage enfin. Pour le président de l'ADMD, elle est morte comme elle a toujours vécue : digne et libre. En souhaitant rendre publique les conditions de sa mort par suicide assisté en Suisse, elle a aussi démontré que son combat individuel pour l'euthanasie rejoint son combat collectif.

L'ADMD lui rendra un hommage solennel le 13 septembre 2014 à Strasbourg, lors de son Assemblée Générale.


Texte posthume de Nicole Boucheton, vice présidente de l'ADMD

"Je suis atteinte d’un cancer du rectum. Lors du diagnostic, le seul traitement curatif était chimio, tomo-thérapie puis chirurgie : colostomie. J’ai refusé la chirurgie car trop mutilante : l’anus artificiel qui me condamnait à une vie dans des conditions que je juge, pour moi-même, dégradées et inacceptables, limitant considérablement mes activités, activités qui font ma vie.

J’ai accepté les traitements de chimio et tomothérapie. J’ai obtenu un répit de 5 mois. Puis ce fut la récidive. Risquant une occlusion intestinale d’un moment à l’autre, les médecins ne m’ont donné qu’un seul choix, l’hospitalisation pour y pratiquer des soins de confort.

Vous avez dit LIBERTÉ ?

Alors j’ai pris contact avec une association suisse afin d’y pouvoir faire un autre choix, celui d’un départ rapide puisque ma seule issue était la mort.

Cela demande beaucoup d’argent : la prise en charge elle-même, le voyage, l’hébergement sur place lorsque l’on vient de loin. Ajoutez à ceci le fait d’être encore capable physiquement de se déplacer.

Vous avez dit ÉGALITÉ ?

Lorsque je demandais aux médecins si je pouvais compter sur une espérance de vie d’un mois et demi, le temps moyen pour régler les problèmes administratifs auprès de l’association, ils m’ont répondu « Je ne peux pas vous dire… ça dépend… » . Manque de sincérité, de franchise, de courage.

Vous avez dit FRATERNITÉ ?

C’est en Suisse que j’ai rencontré ces trois valeurs qui sont pourtant celles de la République française. Merci à ce pays juste et compassionnel. Et bien sûr, la solidarité je l’ai rencontré auprès de mes amis de l’Association pour le Droit de Mourir dans la Dignité qui ont tout fait pour faciliter mes démarches.

L’engagement 21 du président Hollande, non tenu, qui s’enlise dans sa mise en place de missions et rapports successifs verra-t-il le jour ? J’aurais aimé en profiter et ne pas avoir à m’exiler en Suisse. J’en veux à ce président en qui j’avais fait confiance en lui donnant ma voix. Mais je sais que mes amis militants et les 92% de français favorables à une loi de liberté qui permet à chacun de choisir sa fin de vie ne baisseront pas les bras et que la victoire est proche."

Nicole Boucheton



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