Les aidants population de l'ombre

Témoignage de l'aidante familiale que je suis.

Publié le 08 juin 2014

Les aidants familiaux souffrent de leur invisibilité, de l'indifférence, du manque de reconnaissance,

souvent au bord de la rupture, ils se cramponnent, sans statut officiel.


Vu les carences des associations de proximité d'accompagnement des aidants et ou des structures nationales sur le sujet, il est essentiel que nous prenions la parole. Les aidants population isolée, combat sans formation avec l'affectif pour seul bagage.
Le seul pris en compte est le dépendant, l'aidante que je suis reste une notion abstraite.
Personne ne m'a prévenue que les dégâts ou tragédies familiales seraient au rendez-vous, ni que ma santé mentale et physique risquait de s'altérer.
Moi-même en situation de handicap, une polyarthrite rhumatoïde, identifiée fin 2000, m'a contrainte à cesser prématurément mon activité de gestionnaire financière chez Thalès.
Je découvrais alors avec brutalité ce qu'était la prise en charge d'un proche.
Voici les faits qui m'amènent à ce constat amer


En mai 2008 mon frère est victime d'un accident ; il était à vélo lorsqu'une voiture l'a renversé. Son pronostic vital est engagé : diagnostic : traumatisme crânien double frontal et temporal droit. Il sombre 3 semaines dans le coma et s'ensuivent 8 mois de rééducation.
Dès le début de l'hospitalisation le médecin urgentiste s'est adressé à moi et c'est ainsi que j'ai pris en charge le relais administratif, sauvegarde de justice première mesure de protection décidée par le juge des tutelles.
Mon frère demandait toujours à venir chez moi et lorsqu'il fut soumis, comme il se doit à l'expertise et qu'il fut auditionné il réclama ma présence. C'est ainsi que j'eus à l'accueillir. Ce que je fis avec l'élan du cœur.
C'est alors que j'ai ressenti que l'on me « livrait » mon frère sans le mode d'emploi.


Il faut savoir que les traumatismes frontaux provoquent des comportements impulsifs, agressifs, et incontrôlables par la volonté.
Ce handicap dit « invisible » permet à certains de conclure, vu son aspect physique normal que « tout va bien ! »
En parallèle, la position de l'entourage familial, par son abandon, ne laissait la place qu'au placement en structure d'accueil type HP.
J'ai refusé cette orientation par crainte qu'il ne soit assommé par trop de drogues légales et je me suis mise en mouvement pour l'aider. De leur côté, les experts ont suggéré un déménagement afin qu'il se rapproche de mon domicile. Ceci ayant été décidé lors de sa rééducation, nos deux sœurs, non citées dans le rapport d'expertise ont manifesté leur contrariété et toute la famille a fait bloc avec elles.
La sphère familiale durcissait sa position jusqu'à la rupture. Je suis privée de mes petits enfants. Notre mère subissait le même sort car « choisissant » son camp, celui de ses deux enfants abîmés par la vie, elle était délaissée.
Dans 80% des cas les familles explosent, seulement 20% se soudent et s'entraident


En 2009 à la sortie du Centre de rééducation, la MDPH valide une prise en charge de 2 ans par une structure d'aide au retour à domicile (SAMSHA 26). Ce mot, résonnant comme une pub, mon frère refuse toute prise en charge. Ces professionnels entendent et enregistrent les refus de mon frère et rejettent mes appels à l'aide. J'observe, désespérée, une méconnaissance totale du comportement du trauma frontal.
En acceptant d'être aidante j'acceptais, sans le savoir avec précision, que j'aurais à réinitialiser tous les apprentissages d'un être humain : marcher, se nourrir seul, être propre, se réapproprier tous les codes sociaux fondamentaux.
Les méandres de l'administratif prenaient place. Des courriers vindicatifs arrivaient auprès du juge pour pointer mon handicap sans propositions alternatives.
Patrice est défendu dans le cadre de la loi Badinter.


Au fil du temps, les effets secondaires des médicaments absorbés, rendaient mon frère obèse + de 120 kg -se déclenchaient, également, le diabète, de l'agressivité et des insomnies. Le médecin qui suivait mon frère, et qui était loin de vivre mon quotidien, malgré mes « alertes », ne décelait aucune anomalie; il notait malgré tout le surpoids. En 2011, désespérée par ce qui m'incombait et menaçant de tout abandonner une solution sera enfin trouvée : changement de médicament. Il en résulte une perte de poids de 40 kg en six mois et l'apaisement comportemental dû à un sommeil réparateur.
Il est toujours suivi par une orthophoniste et un psychiatre.
Une seule auxiliaire de vie (sur 18 intervenantes successives !!!) a su comprendre la situation, s'adapter au handicap de mon frère et est une précieuse alliée pour moi.
L'inclusion dans le réseau DromArdiab, qui se préoccupa uniquement du diabète, permit des avancées notables. Je remercie cette association, premier lieu de véritable écoute de la paire fraternelle.


Toutefois, ma vie n'est pas un long fleuve tranquille ! Je dois m'adapter aux comportements imprévisibles de mon frère lourd traumatisé crânien. Il n'est plus le frère que j'ai connu pendant 48 ans. Il est différent et je dois me dire que j'ai un « nouveau » frère ! Sa mémoire est défaillante et ses comportements inadaptés
Personne n'a envie de connaître notre quotidien. Nous sommes abandonnés des familles, des amis. Le handicap...dérange !
Mes nuits sont perturbées me demandant sans cesse s'il va regagner le domicile, désorienté il se perd même dans les garages en sous-sols
Il me faut continuellement veiller à mes propres attitudes pour ne pas alimenter le conflit. Il profère des injures, des menaces à mon encontre, je me dis qu'après une bonne nuit il reviendra m'embrasser avec un large sourire en ne se souvenant de rien.
J'essaye de le valoriser en lui donnant des tâches domestiques comme transporter mes courses. J'installe une complémentarité. Or, tout cela doit être bien cadré. Il n'a plus de sens critique, manque de discernement. Même s'il a perdu toutes notions administratives, j'observe des avancées.
Par définition il n'a pas conscience de son inaptitude. Ne pouvant plus travailler (moins de 5% de capacité de travail), ni faire du vélo, il a pris le parti de marcher 40 km par jour et de visiter les cimetières. Ainsi tout ce qu'il entreprend est compulsif.
Les vacances sont inenvisageables durant des années ; pas de relais pour le prendre en charge et un voyage seule avec lui relève de l'utopie.

Enfin en 2011 une éclaircie, un couple d'amis nous propose de nous véhiculer vers l'océan. Je respire et me nourris de l'air du large hébergée chez un ami distinct.
Je reprends mes activités sociales, je persiste dans le chant classique, mon frère est fan.
J'anime des cours d'informatique dans un club le jeudi.

Garder du lien social est vital pour la femme engagée que je fus....que je suis.


Pour conclure :


Je témoigne que les aidants familiaux souffrent de leur imperceptibilité, du désintérêt général, du manque de gratitude, ils résistent, se substituent aux structures mais regrettent l'absence de statut.

Ce témoignage fut donné en conférence de presse en Octobre 2013. Depuis, la situation empire coté auxiliaire de vie, Virginie a quitté ce poste et la valse des intervenantes a repris son rythme.
Mon frère ayant besoin de stabilité, est perturbé actuellement.

Mes soucis de santé s'accentuent, je ne pourrai assumer ma mission. Qu'adviendra-t-il de lui?


Aidant salarié


Pas évident de devoir aider au quotidien un proche et de rester mobilisé à 100% dans son activité professionnelle. De plus en plus d'entreprises prennent conscience de ce challenge des salariés aidants et proposent des dispositifs d'accompagnement.


D'autres articles pouvant vous intéresser

 alt="TPE, PME, Salariés-aidants"

Aidant salarié

TPE, PME, Salariés-aidants

Plus de 50% des salariés travaillent dans des TPE ou des PME de moins de 50 personnes. L'article propose la mutualisation de services et d’informations utiles afin que les PME et TPE soient en mesure d’aider leurs salariés en situation d’aidants d’un proche sans avoir à déployer des moyens disproportionnés.
 alt="10% d'utilisation serait la preuve de réussite ?"

Aidant salarié

10% d'utilisation serait la preuve de réussite ?

Quel serait le critère de réussite d'une entreprise qui mettrait à disposition de ses salariés-aidants différents services ou soutiens ? Un aidant discute de chiffres d'enquêtes sur les salariés-aidants américains et leur utilisation de services et aides proposés par leurs entreprises, et transpose à la France ces taux d'utilisation et le niveau qui pourrait déjà être considéré comme une "réussite".
 alt="On peut vous aider ?"

Aidant salarié

On peut vous aider ?

Une salariée-aidante regrette que son expérience d’aidante au quotidien essayant de concilier «le moins mal possible» travail et obligations d’aidante ne soit pas prise en considération, tant de la part de la Direction du personnel que de la part de la Direction Marketing produits de son entreprise. Un plaidoyer en faveur d’une meilleure intégration par l’entreprise des potentialités d’apports de la part des salariés-aidants.
 alt="Salariés-aidants : comment les entreprises peuvent faire le premier pas"

Aidant salarié

Salariés-aidants : comment les entreprises peuvent faire le premier pas

Le phénomène des aidants-salariés s’impose aux entreprises, que ces dernières l’acceptent ou pas. Dans cet article, quatre aidants proposent des pistes "gagnant-gagnant" aux entreprises pour accompagner leurs salariés-aidants et diminuer l’impact estimé autour de 1500 euros par salarié-aidant par an en termes de baisse de productivité, absentéisme et remplacements.
 alt="Les «boules» d'aller à Pôle Emploi"

Aidant salarié

Les «boules» d'aller à Pôle Emploi

Que ressentent les aidants qui reprennent le chemin de Pôle Emploi pour essayer de trouver un emploi compatible avec leurs obligations d’aidant d’un proche ? Ou qui essaient de se réinsérer dans le marché de l’emploi ? Une aidante qui se «prépare» à cet entretien dit ne pas se sentir à l’aise.
 alt="Une enquête sur la conciliation vie d'aidant, vie professionnelle"

Aidant salarié

Une enquête sur la conciliation vie d'aidant, vie professionnelle

Dans le cadre de son engagement aux côtés des aidants, le Groupe Macif lance une enquête sur les différentes manières de concilier la vie d’aidant et la vie professionnelle. L’enquête «Conciliation vie d’aidant - vie professionnelle» s’inscrit dans un processus de moyen terme qui vise à aider les entreprises à mieux accompagner leurs salariés aidants en mettant en place des solutions adaptées pour permettre leur maintien dans l’emploi et améliorer leur quotidien et celui de leur proche. Réalisée en partenariat avec les chercheurs de la Fondation de l’Université Paris-Descartes, ses premiers résultats seront communiqués au cours de l’année 2015.
 alt="Salariés-aidants : Quel bouche à oreille vous organisez dans votre entreprise ?"

Aidant salarié

Salariés-aidants : Quel bouche à oreille vous organisez dans votre entreprise ?

Quel bouche à oreille est fait par les salariés-aidants sur les initiatives et aides apportées au sein de leur entreprise ? C’est la question posée dans cet article et qui porte en soi la conclusion : si aucun bouche à oreille n’est fait, il est nécessaire de revoir les initiatives et aides apportées par l’entreprise puisque les salariés-aidants n’y adhérent pas au point d’en faire part autour d’eux.
 alt="Deux réflexions sur le baromètre Malakoff-Médéric Santé et Bien-être des salariés, Performance des entreprises"

Aidant salarié

Deux réflexions sur le baromètre Malakoff-Médéric Santé et Bien-être des salariés, Performance des entreprises

Malakoff-Médéric vient de publier la 6ème édition de son baromètre « Santé et Bien-Etre des salariés, Performance des entreprises ». Pour tous les aidants qui conjuguent à la fois activité professionnelle et rôle d’aidant auprès d’un proche, qu’il s’agisse d’un proche malade, ou handicapé, ou dépendant, ce baromètre doit être vu comme une remarquable opportunité de prendre la parole. Pour toutes les entreprises qui ne peuvent que « constater » cette montée du phénomène des salariés-aidants, ce baromètre doit être vu comme le signal d’alerte justifiant la mobilisation interne et la mise en place de mesures efficaces et propres à aider leurs salariés-aidants.
 alt="Les employeurs canadiens face au défi des salariés-aidants"

Professionnels

Les employeurs canadiens face au défi des salariés-aidants

Le ministre d'Etat chargé des Aînés, Alice Wong, avait annoncé en juin 2014 la mise en place d'un Groupe d'employeurs sur la question des aidants naturels. Le Groupe d'employeurs avait reçu le mandat de mobiliser les employeurs, de cerner leurs pratiques exemplaires visant à appuyer les employés qui sont aussi aidants naturels et de communiquer ces conclusions à d'autres entreprises et intervenants canadiens. Le Groupe n'avait cependant pas le mandat de se pencher sur les améliorations à apporter aux programmes gouvernementaux et les changements législatifs pertinents. Le Groupe vient de publier son rapport qui présente les conclusions et les observations découlant des consultations du Groupe sur les pratiques en milieu de travail visant à aider les employés qui sont aussi aidants naturels. Le rapport formule également des recommandations à l'intention des entreprises canadiennes souhaitant mieux appuyer leurs employés qui agissent aussi à titre d'aidants naturels.

Demande de devis d’aide à domicile gratuit et sans engagement.

 Bénéficiez-vous déjà d’une aide / prise en charge (APA, aides CARSAT ou MDPH) ?

En cliquant sur le bouton ENVOYER vous acceptez d’être contacté par mail ou téléphone par les opérateurs de services répondant à votre demande.

Conditions d'utilisation

Ces informations sont nécessaires à notre société pour traiter votre demande. Elles sont enregistrées dans notre fichier de clients et peuvent donner lieu à l’exercice du droit d’accès et de rectification auprès de notre service clientèle (cf mentions légales en bas de page).